Les cris, des lignes, mon esprit, à la frontière

En sortant du batîment, j'ai vu cette fille tomber sur le sol, évanouie. Ces amies se sont précipitées pour l'aider mais elle a été soudainement prise d'une crise d'épilepsie, elle s'est mise à pleurer et crier, puis à se contorsionner. Les deux drapeaux flottaient dans le vent, les drisses claquant sur les mâts au tempo des rafales. L'une des filles lui criait de se calmer, lui répétant que ce n'était pas la première fois et qu'elle devait se calmer, respirer profondément. Elle gémissait comme si la fatalité l'emportait, que tout recommençait inexorablement sans qu'elle puisse y changer quoi que ce soit et en moi une prise de conscience est apparue. J'ai voulu filmer ces nuages en arrière-plan comme pour une recherche d'apaisement mais la carte mémoire de mon appareil était pleine et je n'ai pu capter toute cette ambiance si étrange et cela m'a irrité. Je me suis assis sur un banc pour trouver une autre carte et puis tout est redevenu plus calme. J'ai alors repensé à ce que nous venions de vivre quelques jours plus tôt, à cet enjeu qui allait bientôt nous amener à prendre des choix qui ne nous convenaient pas forcément, à cette sensation que tout nous échappe, que nous ne contrôlons rien, envahis par la peur et pris de soubresauts nationaux et protectionnistes qui confinent à la paranoïa. Les joutes verbales incessantes sur le devenir de nos vies, de nos relations intimes et sociales me paraissaient si vaines et le claquement des drisses m'a à nouveau rappelé que deux drapeaux flottaient tranquillement côte à côte, exposés en plein soleil, se laissant emporter de-ci-de-là, hissés bien haut et parallèlement sans jamais se heurter. 
Et je me suis demandé pourquoi il était si nécessaire pour certains de se dresser les uns contre les autres, de construire des murs en béton si froids et inertes, imperméables aux cris et aux lamentations, là où le vent et les nuages sont d'éternels anarchistes . Les passerelles seront toujours plus hautes que les remparts, quelles qu'elles soient et quand le chemin devient vite bordé alors mon instinct me dit à chaque fois de chercher, de lever la tête et de porter le regard au loin, en quête de ces passages. Mais nous ne sommes pas certains de ce que nous allons trouver de l'autre côté. Notre instinct nous intime d'oser mais rien n'est acquis, nous ne pouvons pas savoir ce qui nous attend même si nous avons très envie d'y être accueillis à bras ouverts, dans un endroit où l'horizon y est vaste.
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