Sur mes épaules, le vélo me murmure des espoirs

Les freins de mon rétro-pédalage avaient lâché dans cette descente que j'avais empruntée, manquant de m'empaler dans les arbustes du bas-côté. Obligé de remonter la pente pour prendre le tram afin de regagner mon domicile, j'ai pensé à mon pote soudeur. Je me suis dit qu'il pourrait bricoler quelque chose pour réparer mon vélo. En plus ça tombait bien, je ne l'avais pas vu depuis un moment, et je me suis dit que j'avais bien de la chance qu'il me réponde si vite. Je suis alors descendu non loin de son atelier et j'ai pris mon vélo sur l'épaule pour l'emmener à travers le quartier.
Je me sentais bien mieux. Mon corps, endolori par la chute, avait retrouvé toute sa vitalité afin d'être totalement disponible. Pas si léger ce vélo ! A croire que d'habitude on ne se donne pas assez, alors que la moindre mission devient une raison de retrouver notre plein potentiel, surtoût quand on a besoin de l'autre. Oui, l'autre sans qui rien n'est possible. Paradoxale.  En ces temps de confusion, quand une société toute entière qui peine à s'unir et évoluer parce qu'elle ne sait pas se donner de limites, il y a en effet de quoi interpeller.
Mon pote, je l'ai rencontré sur le chantier de restauration d'une église. Et ouais, mon premier métier c'est d'être charpentier. Ce fût une évidence pour moi, après l'université,  d'apprendre à construire ma maison. Du coup je me suis mis à le faire pour les autres. Une deuxième vocation en sorte. L'autre. Il était jeune apprenti et moi j'avais quelques années d'expérience déjà.  Gamin qu'on l'appelle, même si c'est un des rares types que je connaisse qui se comporte vraiment comme un homme. Bref, il sait répondre présent. 
C'est quand même fascinant de se dire à quel point tout est lié. Parfois on oublie tout ces liens qui nous unissent mais certains évènements nous remettent les idées en place. Il est clair que nous avons plus de points en communs et de raison de partager que de nous éviter. Et je me demandais alors ce qui pouvait nous égarer ainsi. Cette période de doutes durant laquelle il fallait décider à la hâte quel serait notre destin commun pour les cinq prochaines années me paraissait carrément irréelle. Les rencontres que nous faisons et les décisions que nous prenons sont si personnelles que j'en venais à ne plus rien vouloir savoir à propos de demain. Il fallait s'occuper de réparer cette roue une bonne fois pour toute et plus rien ne pouvait se mettre en travers du chemin. L'évidence fait loi.
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