
A MONTAGNA

"C'est parce que je roule en moi ces choses sombres, c’est parce que je vois l’aube dans les décombres, sur les trônes le mal, sur les autels la nuit, c’est parce que, sondant ce qui s’évanouit, bravant tout ce qui règne, aimant tout ce qui souffre, j’interroge l’abîme, étant moi-même gouffre; c’est parce que je suis parfois, mage inclément, sachant que la clarté trompe et que le bruit ment, tenté de reprocher aux cieux visionnaires leur crachement d’éclairs et leur toux de tonnerres; c’est parce que mon cœur, qui cherche son chemin, n’accepte le divin qu’autant qu’il est humain."
Victor Hugo - À l’Homme























Depuis des millénaires, l'homme côtoie les volcans. Craints pour leurs éruptions parfois mortelles, ils sont aussi respectés pour les terres fertiles qu'ils offrent. Submergés par l'incompréhension d'un tel phénomène, les hommes redoutent les volcans, les vénèrent, les considèrent comme l'entrée du royaume des morts, des enfers et des mondes souterrains peuplés d'esprits malfaisants. Ils deviennent donc l'objet de mythes et de croyances qui varient selon les différentes cultures.
Sur le versant sud de l’Etna, les trois-cent-mille habitants de l'agglomération de Catane, cité multi-séculaire façonnée par les couches successives de laves et les reconstructions, entretiennent un culte singulier pour le volcan le plus actif d’Europe et honorent avec dévotion Sainte Agathe leur protectrice. Suppliciée par les Romains au troisième siècle après Jesus Christ, l’Etna entre en éruption un an après sa mort, déversant un flot de lave en direction de Catane. Selon la légende, les habitants s'emparèrent du voile qui recouvrait la sépulture d'Agathe et le placèrent devant le feu qui s'arrêta aussitôt, épargnant ainsi la ville. Depuis, on invoque son nom pour se protéger des tremblements de terre, des éruptions volcaniques ou des incendies. L’Etna est le berceau des mythologies du bassin méditerranéen. Par sa position centrale et son intense activité, il s’est imposé comme le symbole de la création et de la destruction.
Au contact des volcans, une impression début et de fin du monde me submerge. Le silence possède une signature bien particulière. Le cataclysme guette dans l’obscurité de la chambre magmatique. La condition humaine est suspendue à la précarité géologique du sous-sol. Avec le désir de découvrir les raisons de la symbiose des communautés humaines avec les volcans, je cherche à exprimer le besoin d’être au plus près de la création. La prise de conscience de la vulnérabilité humaine en rapport avec son impuissance révèle son besoin d’unité. J’ai cherché les traces et les symboles du volcan dans les couleurs, le rouge, le noir, dans les rapports humains, les édifices, la matière, les regards. Je me suis laissé guidé par ce besoin de partager la passion d’une communauté. Comprendre les manifestations pour sa protectrice, entité mystique qui transcende les individus et les conditions sociales face à un risque commun. Ici, tout est précaire et la célébration de la vie se mêle à celle de la mort.
Les croyances méditerranéennes se sont exportées avec la découverte du Nouveau Monde, se mêlant aux croyances locales pour créer une cosmogonie capable d'apaiser les dieux et les conflits humains. A Montagna est le premier pas par lequel je souhaite explorer l’intimité des relations qu’entretiennent les sociétés humaines avec les volcans.
