
"La roche est à nu, le relief ressemble au dos d'un vieux chien pelé. Le printemps a été une explosion de vie. Les couleurs ont envahie le paysage. Les papillons dans le vent par milliers, les abeilles sont de retour. Les éclaircies provoquées par l'incendie révèlent de nouveaux fragments de la relation plus que millénaire entre l’humain et ce territoire."
PHOENIX

Dans le sud-est de l'Aveyron, les stigmates sont toujours présents après l’incendie survenu en août 2022. Située sur la pointe sud du Causse de Sauveterre et des gorges du Tarn, la commune de Mostuéjouls est profondément meurtrie par les ravages du feu. Conséquence de l’épisode de sécheresse qui a touché toutes les régions de la France métropolitaine, certains massifs sont dévastés et l'espoir que la végétation retrouve son état antérieur s'éloigne peu à peu. D'origine accidentelle ou intentionnelle, les départs de feux sont souvent le résultat d'une intervention humaine. Les dégâts subis par le paysage sont vécus comme une agression. Entre un ciel surexposé et une terre brûlée, aller à la rencontre de ce territoire isolé semble être une expédition post accident nucléaire. Les habitants continuent de croire en leur environnement et pour certains l'attachement à la terre est plus fort que tout. C'est aussi parfois tout ce qui leur reste. Pourtant, les brûlages sont utilisés depuis la nuit des temps afin de dégager des prairies pour la culture et l’enrichissement du sous-sol. L’anthropomorphisation des coteaux par le terrassement permet également de développer une agriculture vivrière et des pâturages pour les troupeaux. Caractéristique de l’adaptation des populations à la pente et aux conditions climatiques extrêmes, l’absence d’entretien régulier accentue le ravinement qui devient inéluctable et parfois irréversible. Après l’incendie, les vestiges de ces anciennes pratiques, quasiment devenues désuètes, réapparaissent par l’élimination totale du couvert végétal. Les plateaux et fonds de vallées étant aujourd’hui majoritairement convoités pour leur fertilité, l’agriculture n’est plus ici une pratique économiquement rentables dans le relief. Territoire très marqué entre des gorges encaissées et des plateaux accidentés et pourvus de dolines, seules surfaces exploitables pour l’agriculture et le pastoralisme, il laisse apparaître le substrat rocheux sculpté en dolomies. Les murets de retenus, les sentiers oubliés, des sépultures datant du néolithiques refont surface ne laissant pas le terrain sans intérêt pour l’oeil qui veut bien s’y poser. Sur les communes de Mostuéjouls et de Boyne, le feu a détruit 1360 hectares de pinèdes et de maquis, nécessitant l’évacuation de 3000 touristes et riverains avec l’intervention de 700 sapeurs-pompiers. La première vue des Baouris a été marquante au point d’y retourner régulièrement en fonction de la lumière et de la couverture nuageuse pour apprécier le relief et les nuances nouvelles que l’incendie a générées. J’ai décidé de parcourir ce territoire pour tenter de rencontrer les résidents qui ont vécu de près cet épisode qui restera dans les mémoires.












